De tous temps nos ancêtres ont labouré les sols. « Labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France. », c’est ainsi que le ministre Maximilien de Sully rendait hommage à l’agriculture et aux paysans au XVIIe siècle. Mais la modernisation des cultures, associée à un labourage fréquent, de plus en plus profond, mettent à mal la biodiversité.

Il existe des techniques culturales qui peuvent se substituer au travail du sol en profondeur. Quels sont les travaux culturaux à réaliser pour un jardinage écologique, qui préserve la faune et les micro-organismes des sols ?

Maraîchage sur sol vivant, la technique culturale sans labour

La technique du maraîchage sur sol vivant est une technique culturale qui se veut écologique. Elle préserve la biodiversité au jardin et se sert de la pédoflore et de la pédofaune pour structurer le sol et conserver son humidité. Elle se base sur la réalisation des process et des travaux culturaux suivants :

  • ne plus du tout travailler le sol même de façon superficielle,
  • ne se servir que des outils adaptés,
  • pratiquer le couvert végétal comme amendement du sol (engrais verts).

Cette technique culturale favorise, à terme, une fertilisation naturelle du sol par les organismes vivants. Ceux-ci deviennent les meilleurs auxiliaires du jardinier, enfin libéré de certains travaux :

  • travail en profondeur de la terre,
  • arrosages réguliers,
  • désherbage fréquent.

Le maraîchage sur sol vivant est une technique culturale complexe. Sa mise en place prend du temps car l’apport massif d’intrants végétaux augmente le taux d’azote dans le sol. Parfois, il faut 4 ou 5 ans avant que le sol ne se stabilise.

Quand cette méthode de culture est mise en oeuvre, elle demande un apport récurrent en matières organiques fraîches et carbonées de type paillage. Le jardinier doit parfaitement connaître la composition du sol et sa réaction aux intrants pour pouvoir l’équilibrer.

La permaculture, ou comment s’adapter aux sols

La technique de la permaculture se base sur une culture adaptée aux sols et non sur la modification du sol pour l’adapter à la culture. Elle est partie intégrante du maraîchage sur sol vivant, contribuant également à la biodiversité et au maintien des micro-organismes dans la terre.

Tout comme les cultures biologiques, la permaculture ne connait ni les engrais, ni le désherbant, ni les pesticides ; de fait, les espèces s’autorégulent naturellement. Cette technique culturale préserve les ressources de la planète, se sert des insectes comme auxiliaires, joue sur l’interdépendance des espèces, ainsi que sur le recyclage. La production issue de la permaculture est bio et assez rentable, d’autant que les espaces sont bien optimisés.

Pour démarrer cette technique culturale, le jardinier doit passer par une analyse et une observation fines des sols de son jardin :

  • situation du terrain (pente, vent, etc.),
  • exposition au soleil,
  • composition du sol,
  • perméabilité,
  • végétation et faune présentes.

Tous ces éléments sont intégrés dans le plan du jardin réalisé en amont. Ils permettent de choisir les meilleures plantes et les semis les plus appropriés, qui se développeront le plus facilement dans ce type de sol et dans cette configuration.

Tout est mis à profit pour faciliter l’implantation des cultures. Les tas de bois et autres abris susceptibles d’abriter des insectes auxiliaires sont conservés. Les matériaux environnants sont récupérés et utilisés dans la culture :

  • fumier,
  • pierres,
  • terre de remblai, etc.

L’organisation des plantes dans le jardin tient compte également des besoins de la maison et de ses habitants : herbes aromatiques proches facilement accessibles depuis la cuisine, plantation d’arbres fruitiers en périphérie, etc.

Travaux culturaux en permaculture

Autre point important de la permaculture, l’association des plantes joue un rôle fondamental dans la réussite du projet. D’une part, toutes les plantes n’ont pas le même rythme de croissance ; il faut donc bien les associer au fur et à mesure des saisons. D’autre part, certaines plantes favorisent la croissance d’autres espèces, tandis que d’autres plantes vont au contraire se nuire.

La Grèce antique utilisait déjà l’allélopathie, bien avant que le terme ne soit inventé. En se basant sur l’allélopathie, c’est-à-dire une association étudiée des espèces tenant compte des interactions, il est possible de favoriser le développement et la protection des plantes. Sont notamment recommandées les associations suivantes :

  • fraises et poireaux,
  • aneth et carottes,
  • courgettes et capucines,
  • brocolis et thym,
  • bourrache et pommes de terre,
  • basilic et tomates, poivrons et aubergines.

En revanche, certaines plantes ne doivent surtout pas être associées, au risque d’entraîner une perte de rendement, voire une invasion d’espèces nuisibles (limaces, doryphores, etc.). Voici quelques exemples d’associations déconseillées :

  • courgettes et concombres,
  • salades et persil,
  • menthe et carottes,
  • alliacées et fabacées.

L’espace est largement optimisé en plantant ensemble certaines plantes, ce qui permet au jardinier de récolter plus sur un terrain plus réduit. Ainsi, les radis peuvent pousser à l’abri des haricots grimpants, les choux s’intercalent facilement entre les salades qui seront cueillies avant que les choux ne se développent et les carottes poussent très bien au pied des aubergines et des poivrons.

Les techniques culturales simplifiées

Dans certains pays, notamment en Amérique du Sud, les agriculteurs utilisent des méthodes qui permettent la préservation des sols. Ces techniques, dites « techniques culturales simplifiées », limitent le travail de la terre. Elles sont basées sur la suppression des labours, une rotation des cultures appropriée et l’usage récurrent des semis de couverts végétaux.

L’absence de labour ramène à la technique du sol vivant. En effet, si le labour a un intérêt sur les rendements au démarrage d’une culture, celui-ci diminue au fil du temps, obligeant à labourer toujours plus profond. Les conséquences de ces labours sont fatales sur la présence de micro-organismes, autant que sur l’érosion des sols.

L’abandon du labour et le maintien au sol des déchets végétaux participent à la limitation de l’érosion. La pédofaune comme les vers de terre tend à se développer et à rendre le sol naturellement plus meuble, sans labour. Le maintien des déchets végétaux sur place permet de conserver les éléments nutritifs et l’apport d’intrants chimiques est moins nécessaire.

Pour le jardinier, la mise en oeuvre des techniques culturales simplifiées implique :

  • un travail moins dur
  • moins de temps passé,
  • des rendements meilleurs.

Seule contrainte de cette méthode, les premiers mois nécessitent un désherbage plus intense. Le jardinier aura alors besoin des outils de désherbage habituels :

  • binette,
  • grattoir,
  • couteau extirpateur,
  • désherbeur manuel.

La pratique des faux semis permet également d’obtenir un bon résultat avant de se lancer dans les travaux culturaux.